Guinier
Expérimental

Guinier

Une chaîne de modèles physiques qui suit un alliage d'aluminium du métal liquide à la tôle finie.

Thermodynamique, précipitation, résistance, tôle multi-alliage : chaque étape est tirée de la littérature publiée et confrontée à des mesures avant qu'on bâtisse la suivante dessus.

Guinier est un outil de recherche expérimental : ses modèles sont en cours de construction et de validation, et ses résultats ne sont pas destinés à des décisions d’ingénierie.

Icône de Guinier : précipités en aiguilles vus au microscope électronique

Pour commencer

Un lingot de dix tonnes n'est jamais tout à fait homogène

Pendant qu'un lingot de laminage se solidifie, le liquide enrichi en éléments d'alliage se déplace par rapport aux cristaux qui grandissent. Le cœur finit plus pauvre de quelques pour cent en magnésium et en silicium que le reste. Un long recuit peut-il égaliser tout cela ?

0,2 mm
la distance que parcourt le magnésium en 10 heures à 550 °C
300 mm
la demi-épaisseur d'un lingot de laminage courant
≈ 2 300 ans
le temps qu'il faudrait pour égaliser sur cette distance

Ce que la coulée laisse dans le lingot reste dans la tôle : le cœur du lingot devient le cœur de la tôle. C'est à ce genre de question que sert Guinier.

Les questions qu'il traite

Six questions, six résultats réels

Chaque figure ci-dessous est produite par Guinier tel qu'il est aujourd'hui, par l'un de ses exemples documentés.

1

Quelles phases, à quelle température ?

La 6016 est un alliage courant pour les panneaux de carrosserie. Pour la durcir, il faut d'abord la chauffer jusqu'à dissoudre ses particules de Mg2Si, sans jamais la faire commencer à fondre.

Le modèle thermodynamique place cette fenêtre entre 503 et 583 °C. Les particules au fer, elles, ne se dissolvent à aucune température.

Fraction massique de chaque phase secondaire de la 6016 en fonction de la température, fenêtre de mise en solution en grisé
Phases d'équilibre de la 6016, méthode CALPHAD avec la base COST 507.
2

Que laisse le fer des chutes dans le lingot ?

Les chutes recyclées apportent du fer, et aucun traitement thermique ne l'élimine. En simulant la solidification d'un lingot de 6016, on voit les grosses particules au fer tripler, de 0,4 à 1,3 % de la masse, quand le fer passe de 0,10 à 0,40 %.

Ces particules décident ensuite où naissent les nouveaux grains au recuit, et où s'amorcent les fissures quand on plie la tôle.

Barres empilées des constituants au fer pour 0,10 à 0,40 % de fer
Solidification de Scheil de la 6016 pour quatre teneurs en fer.
3

Le modèle voit-il ce que voit le microscope ?

Le revenu à 175 °C remplit l'alliage de précipités en aiguilles de quelques nanomètres, et ce sont eux qui le rendent résistant. Après 8 heures, le modèle donne des aiguilles de 1,9 nm de rayon occupant 1,5 % du volume. La diffusion de neutrons et la microscopie électronique ont mesuré 1,7 à 2,0 nm et 1,6 %.

Les paramètres sont ceux publiés ; aucun n'a été ajusté pour obtenir cet accord.

Rayon moyen des précipités et limite d'élasticité en fonction du temps de revenu à 175 °C, avec l'état T6 mesuré
6061 revenue à 175 °C, comparée aux mesures de Bardel et al., Acta Materialia 62 (2014).
4

Que fait une soudure à une tôle durcie ?

À côté d'une soudure, le métal n'est chauffé que quelques secondes. Cela suffit : au-delà de 450 °C environ, les précipités se dissolvent et la tôle retombe au tiers de sa résistance.

En dessous de 300 °C, rien ne se passe. Le modèle suit la tendance mesurée ; il est un peu trop résistant entre 300 et 400 °C, où commencent à se former des phases plus stables qu'il ne représente pas.

Limite d'élasticité après un cycle thermique rapide en fonction de la température maximale, modèle et mesures
Chauffe à 15 °C/s, refroidissement naturel ; points rouges mesurés.
5

Combien coûte le fer en résistance ?

Les particules au fer retiennent aussi du silicium, qui sinon irait dans les précipités durcissants. Enchaîner le modèle thermodynamique et le modèle de précipitation donne le chiffre : de 0,10 à 0,55 % de fer, une 6061 revenue perd environ 60 MPa.

La même chaîne dit combien de silicium rajouter.

Limite d'élasticité T6 en fonction de la teneur en fer
Thermodynamique → silicium disponible → précipitation → résistance.
6

Deux alliages dans une même tôle ?

On peut couler un lingot avec un cœur résistant et une peau plus douce, puis le laminer en une seule tôle. Trois conséquences en découlent, toutes trois calculées.

Une même température de four doit convenir aux deux alliages (ici 547–591 °C). Les interfaces se fondent sur 13 µm, et c'est l'affaire des 30 dernières secondes de traitement plutôt que des 10 heures passées dans le lingot, parce que le laminage écrase d'un facteur 600 le mélange antérieur. Enfin, en flexion, la surface plastifie la première : une peau plus douce abaisse cette limite d'autant, si mince soit-elle.

Résistance à travers l'épaisseur d'une tôle cœur-peau, et résistance conservée en traction et en flexion selon l'épaisseur de peau
Cœur 6061, peaux 6063, tôle de 1 mm (figure en anglais, comme le code).

Fonctionnement

Un même état du matériau, transmis de modèle en modèle

Chaque modèle lit ce que le précédent a produit et y ajoute sa part : quelles phases, combien de soluté reste dans la matrice, quels précipités de quelle taille, quelle résistance.

M1

Thermodynamique

Phases d'équilibre et solidification de Scheil (CALPHAD, base COST 507, pycalphad).

M2

Précipitation

Germination, croissance et coalescence des aiguilles β″ (modèle numérique de Kampmann–Wagner).

M2

Résistance

Dislocations qui cisaillent les petits précipités et contournent les gros, plus la solution solide.

Tôle

Tôle multi-alliage

Interdiffusion aux interfaces, résistance dans l'épaisseur, traction et flexion.

Une physique publiée

Chaque modèle et chaque paramètre vient d'un article ou d'une base de données cités.

Confrontée aux mesures

Chaque modèle a son carnet de validation qui le compare aux mesures publiées, et des tests automatiques maintiennent cette comparaison juste.

Claire sur ses limites

Quand une base ne sait pas représenter une phase, ou qu'un modèle ne se transpose pas à un autre alliage, le carnet le montre et explique pourquoi.